« Time is out of joint », (l’époque a perdu la boule)
Les mânes d’Hamlet ont sans doute reconnu le 12 juin 2026 comme un moment culminant des contradictions humaines :
Ce même jour, Wall Street célèbre la promesse d’une humanité toujours plus assistée par l’intelligence artificielle, l’I.A., tandis que les évêques américains consacrent les États-Unis au Cœur de Jésus, en écho à une encyclique appelant à « désarmer l’IA ».
Deux visions du monde s’affrontent : l’une place son espérance dans la technologie, l’autre dans le spirituel. Et s’il existait une troisième voie ?
Retrouvons l’esprit des Lumières
« Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre (…) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. »
Notre époque se serait affranchie des tutelles des roi ou des religions pour se placer sous celles des techniciens ?
L’intelligence artificielle est une avancée considérable. Mais elle est très loin d’égaler la capacité de l’esprit humain à discerner, créer, transmettre, coopérer, décider et assumer la responsabilité de ses choix.
Renonçons à « désarmer l’IA » pour suivre le conseil d’Emmanuel Kant, « ayons le courage de nous servir de notre propre entendement » : Déployons l’I.H., l’intelligence spécifiquement humaine.
Lançons le « Human Shift »
Le « Human Shift » ne se contente pas de rabâcher que l’humain est essentiel. Il appelle à en tirer des conséquences pratiques. La première est de s’étonner que ce qui contribue à plus des deux-tiers de la performance des entreprises ne soit pas reconnu en tant que tel.
Les managers parlent de « ressources humaines ». Ce vocabulaire n’est pas neutre ; une ressource s’utilise, s’optimise, se remplace, au besoin par une machine. Chaque femme et chaque homme apporte sa pierre ; pourquoi nier que l’édifice commun tient par la qualité de son architecture et par le ciment relationnel qui les assemble, c’est-à-dire là où s’exprime l’intelligence humaine ?
La pérennité d’une entreprise repose sur sa capacité à faire grandir les femmes et les hommes qui la composent, à transmettre ses savoir-faire, à développer la confiance, à mobiliser ses acteurs, à innover et à s’adapter.
Le « Human Shift » commence par rendre visible, dans sa globalité et dans sa spécificité, le premier moteur de création de valeur durable des entreprises : son « capital humain ».
Changeons de regard
Or, le « capital humain » est absent des tableaux de bord.
Cette invisibilité n’est pas une simple lacune, c’est un symptôme des dérèglements de notre époque. Elle traduit une incapacité à le penser, à l’organiser et à le mesurer.
Elle conduit à piloter les entreprises avec des œillères invalidantes.
Comme les actifs qui figurent aux bilans comptables, gérons les Réseaux des Relations Humaines comme un patrimoine vivant qui se construit, se développe, se protège, se transmet… ou s’étiole.
C’est avec vous qui en êtes les dépositaires, femmes et hommes des entreprises, que nous parlerons, enfin, de capital humain, pour l’inscrire dans vos pratiques et dans vos valeurs.
À Blois, le 30 juin 2026 · Déborah Sciou & Jean-Alain Jutteau

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